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"Vds 200 jeux pour somme dérisoire. Contacter Stanislas au... (Après 20h00)" Avouez qu'il vous est probablement arrivé de tomber sur une annonce dans ce style en parcourant la rubrique "petites annonces" de magazines prestigieux ou encore dans les méandres sinueux de serveurs Minitel ayant pignon sur rue... Peut-être que comme nous, vous vous êtes dit que "ça sentait le truc pas net". Eh bien, si je puis me permettre, vous aviez le nez creux. Comme cela ne nous était pas arrivé depuis quelque temps et que nous aimons particulièrement cela, nous sommes allés fouiner un peu pour voir s'il n'y avait pas "de la m... à remuer", puisqu'il paraît que c'est le sport préféré des journalistes. Bonne nouvelle, nous sommes tombés sur une mine ! Le piratage... Voilà un sujet brûlant dont le résultat a toujours été de nous faire crouler sous une demi-tonne de courrier vengeur de lecteurs considérant qu'ils payent le prix de la malhonnêteté de ceux qu'ils considèrent comme des petits délinquants de bas étage, alors que l'autre demi-tonne, s'avouant pirate sans la moindre gêne rejette la faute de cet état de fait sur le prix de plus en plus prohibitif des produits proposés. Les origines La période bénie des pirates commença avec le Commodore 64 et l'Apple II au début des années 1980. Sur la première de ces machines, les programmes s'installaient sur une simple cassette audio. Il suffisait de brancher le lecteur cassette sur sa bécane et au bout d'un temps de chargement qui prête aujourd'hui à sourire, on avait le bonheur de pouvoir jouer. Il ne fallut pas longtemps aux premiers pirates pour avoir l'idée de copier la cassette comme on le fait avec une cassette audio. Et ça marchait ! La mèche était allumée... Le principe n'était pas beaucoup plus compliqué avec l'Apple II, bien que celui-ci utilisait de base, un lecteur de disquette 5,25". Il suffisait d'utiliser un programme de copie tout simple (certains étant même faits par les pirates eux-mêmes) qui recopiait sur une disquette A ce qui se trouvait sur une disquette B. Le phénomène prit même tellement d'ampleur que nombre de possesseurs de machines, piratant à un rythme effréné et se lassant de devoir continuellement procéder à des changements de disquette lors des copies, achetaient un second lecteur qui leur évitait ces manipulations fastidieuses. Pour l'anecdote, certains petits magasins informatiques firent fortune en se spécialisant dans la vente de lecteurs supplémentaires et il n'était pas rare de voir, le samedi, des files de jeunes pirates, dépassant parfois 50 mètres de long sur le trottoir, au grand dame des voisins... A cette époque, certains magasins pouvaient vendre jusqu'à 500 lecteurs par jour alors qu'ils ne faisaient pas plus de 12 m2. Les éditeurs contre-attaquent L'industrie du logiciel se devait de réagir. Le phénomène prenait une telle ampleur, non seulement dans notre beau pays, mais aussi aux États-Unis et dans le reste du monde, que le manque à gagner devenait vraiment considérable. Certains affirmaient même que, pour une version vendue, huit ou dix versions pirates circulaient. Dans ce domaine, les chiffres les plus farfelus circulaient et circulent encore aujourd'hui et il serait bien audacieux d'avancer un chiffre quelconque puisque, par définition, le piratage est une activité clandestine et par la même secrète. La première idée fut bien évidement d'augmenter le prix des logiciels pour compenser les pertes. Bref, de faire payer aux acheteurs honnêtes le prix des bricolages des pirates. Le résultat ne se fit pas attendre. Les produits étant de plus en plus chers, les utilisateurs piratèrent de plus en plus. La seconde idée fut d'équiper les logiciels de protections anti-copies. Une multitude de systèmes fut mise au point pour interdire la copie des disquettes originales. Ces systèmes étaient noyés dans les logiciels et pratiquement impossibles à détecter pour le néophyte. Les pirates reprennent le dessus Il ne fallut pas longtemps aux pirates pour réagir. En quelques mois apparurent dans leur milieu une caste de super-pirates appelés les "déplombeurs" ("crakers" en anglais) dont la spécialité était de découvrir puis contourner ou détruire ces systèmes de protection. Une fois leur travail fini, le programme pouvait alors être copié à l'infini sans aucun problème. Ces déplombeurs devinrent les bêtes noires des éditeurs de logiciels, d'autant plus qu'ils se révélèrent de véritables experts. Des "séminaires" secrets furent même organisés un peu partout pour permettre à ces déplombeurs de comparer leurs différentes techniques, pour échanger des trucs et astuces de ce que l'on appelait alors le "déplombage" par opposition au programme à l'origine protégé que l'on désignait par l'expression "plombé". Un record fut même établi. Un jeu dont nous tairons le nom fut déplombé en 1 min 30 secondes, record jusque-là invaincu à notre connaissance. Une fois de plus, les éditeurs étaient mis en échec. Paradoxalement, la loi donnait même plus de protections aux déplombeurs qu'aux pirates. En effet, les pirates étaient en possession de versions piratées ce qui est répréhensible. En revanche, les déplombeurs travaillaient sur les versions originales et rien ne vous empêche de faire ce que vous voulez avec la version que vous avez achetée, du moment que vous ne la diffusez pas. Libre à vous de faire des confettis avec un logiciel acheté 1000 FF si le coeur vous en dit... ![]() Regardez bien cette liste. C'est celle qui se trouve au dos de la boîte du CD pirate qui circule en ce moment. Impressionnant, isn't it ? Les auteurs de cette compilation pirate ont même poussé le vice jusqu'à mettre des "®" un peu partout. A cette époque, le milieu pirate était essentiellement constitué de jeunes (voire très jeunes) gens pour qui le piratage était l'unique moyen d'avoir accès à des jeux en grande quantité. Le nombre de programmes qui sortait tous les mois était impressionnant, quel que soit le support, mais les prix étant toujours élevés, ils se retrouvaient devant ce choix simple : être honnête et acheter un programme de temps en temps en fonction de ce que leur budget leur permettait ou bien passer de l'autre côté de la barrière et avoir pratiquement tous les derniers programmes pour le seul prix de la disquette qui allait leur servir à effectuer la copie. Beaucoup n'hésitèrent pas longtemps. Si cette raison est bien entendue essentielle, elle n'est pas la seule. Lorsque que l'on a de 12 à 18 ans, on est souvent heureux de rentrer dans un cercle d'autant plus fermé qu'il est secret. On joue au gendarme et au voleur pour de vrai, sans vraiment nuire à quelqu'un, pense-t-on. Il suffisait de voir la tête admirative de certains parents qui croyaient voir en leurs chères petites têtes blondes les pirates dont les médias les abreuvaient pour tout comprendre (les médias étaient en admiration à cette époque devant les "petits génies" qui sont des pirates de réseaux, que l'on ne doit pas confondre avec les pirates dont nous parlons ici). Mettez-vous à la place de ces parents... Vous préférez avoir un moutard débrouillard qui pirate les logiciels tel un Pancho Villa des temps modernes, ou un charmant bambin honnête qui vous soulage de 500 FF toutes les semaines ? En effet, une chose était significative. À part à de rares exceptions, les pirates n'étaient pas là pour faire de l'argent mais pour diffuser leur passion et se garantir par la même une circulation importante de programmes déplombés. On ne vendait pas un programme, on l'échangeait gratuitement ! D'autre part, le malheur des uns faisait le bonheur des autres. Les logiciels de jeux déplombés ne coûtant pas un rond, les gens n'hésitaient pas à acheter une machine (à l'époque un Apple II valait aux environs de 10 000 FF), chose qui aurait été moins évidente sans l'existence des pirates... Les pirates prospèrent Bon gré mal gré, machine après machine, les pirates devinrent un mal contre lequel les éditeurs ne pouvaient pas faire grand-chose et qui prospérait en quasi-impunité. Mais si le phénomène peut paraître anecdotique, voire sympathique, il ne faut pas oublier qu'ils sont à l'origine d'un manque à gagner considérable dans toute l'industrie du logiciel (les sociétés utilisant des versions pirates de logiciels professionnels n'étant pas les moins responsables), et que beaucoup de sociétés aujourd'hui disparues seraient probablement encore florissantes si le phénomène n'avait pas frappé leurs produits. Les machines se succédèrent : Apple, Amiga, Atari ST, Amstrad, PC mais les pirates étaient toujours là puisque le support magnétique qu'est la disquette était toujours identique, même si le format changeait. Jusqu'au jour où... L'apparition du CD-ROM Avec l'apparition du nouveau support qu'est le CD-ROM, les pirates se trouvaient dans une impasse. Il faut savoir qu'à l'heure actuelle, la quasi-totalité des lecteurs de CD-ROM ne sont, comme leur nom l'indique, que des lecteurs. Ce qui signifie que vous pouvez toujours lire les informations qui sont inscrites dessus mais en aucun cas écrire sur la galette, alors que l'on pouvait le réaliser avec le "lecteur" de disquettes. Le problème était de taille. Un copieur de CD coûte très cher (entre 15 000 et 40 000 FF) et pour recopier un CD sur disquettes, il fallait avoir environ 400 disquettes haute densité. Dans ces conditions, la copie ne représente aucun intérêt, non seulement en ce qui concerne le prix mais également au niveau de la convivialité. C'est par une innovation technologique que les éditeurs semblaient avoir gagné la partie. C'était le moment rêvé pour eux de reprendre une politique antipirate en faisant baisser le prix des logiciels puisqu'ils ne pouvaient plus être piratés. Ils ne le firent pas. Bien entendu, les acheteurs hurlèrent au scandale. Ils avaient subi les prix exorbitants des logiciels pendant des années sous le prétexte que les pirates faisaient baisser les bénéfices et qu'il fallait bien se rattraper. Or, les prix ne bougeaient toujours pas voire augmentaient. L'excuse des éditeurs était la suivante : autrefois un jeu tenait sur deux ou trois disquettes. Mais maintenant avec le CD-ROM, les éditeurs intègrent des scènes vidéo, des musiques originales, des effets spéciaux, autant de choses qui coûtent de l'argent et qu'il faut bien amortir. Dans ce domaine, nous nous devons de faire la part du vrai et du faux. Il est vrai que certains logiciels tels que Wing Commander III faisant appel à des acteurs de renom est beaucoup plus cher à produire qu'un jeu de l'ancienne génération. D'un autre côté, des éditeurs se contentaient de refaire une version CD-ROM d'un jeu existant déjà sur disquette en le vendant au prix fort alors que les deux versions étaient totalement identiques... Les pirates-hommes d'affaire Il n'en fallait pas plus pour que le pirate, une seconde endormi, ne se réveille. Si le CD-ROM est dangereux pour les pirates, il est une arme à double tranchant car il permet de contenir beaucoup de programmes. Puisque la seule façon de pirater des jeux était d'investir dans un graveur de CD, certains l'ont fait ! Et ils n'ont pas réalisé les choses à moitié. En ce moment, circulent des CD pirates contenant pas moins de 94 programmes de jeux différents chacun. Vous avez bien lu 94 ! La liste des jeux au dos de la boîte du CD (parce que ces messieurs ne font pas les choses à moitié) donne le vertige. Aces Of The Pacific, Alone Of The Dark I, II et III, Comanche + Data Disks, Descent, Doom I et II, Ultima 7 et 8, les Underworld, Warcraft, Magic Carpet, LBA et beaucoup, beaucoup, beaucoup d'autres produits phares sont réunis sur cette "compil" vendue entre 400 et 700 FF. Si l'on considère que le prix moyen d'un produit CD est de 450 FF, le calcul est rapide. Le prix des jeux cumulés monte à plus de 40 000 FF ! ![]() La compilation Multi Games 1995. Carrément illégale ! Elle propose 94 jeux différents compactés. Les utilisateurs que nous avons rencontrés nous ont certifié que tous les produits fonctionnent ! Mais attention ! Certains de ces nouveaux pirates n'ont plus grand-chose à voir avec les anciennes têtes blondes du passé. On voit se former de véritables réseaux criminels très structurés qui disposent de gros moyens. Des pirates gagnent 10 000 FF/mois et certains arrivent à des sommes de l'ordre de 40 000 FF/mois. Pour en savoir un peu plus sur les implications du piratage, nous nous sommes entretenus avec Nicolas Ros de Lochounoff, juriste au sein d'une entreprise de services informatiques. Lisez-la, cela vaut le détour. Note aux audacieux Peut-être trouvez-vous tout cela bien alléchant et envisagez-vous de faire quelques "recherches" personnelles et approfondies dans ce domaine. Nous vous en dissuadons fortement ! Pour la loi, il n'y a pas de "pirate sympathique" et si vous VOUS retrouvez devant un magistrat, vous pourrez toujours lui expliquer que vous ne pensiez pas à mal et que vous ne faites que cela occasionnellement. La loi ne rigole pas, le "piratage" étant passible de tribunal correctionnel ! Et si le juge s'est levé du pied gauche, la loi lui permet de vous mettre deux ans de prison et un million de francs d'amende. Vous êtes prévenu...
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