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Bien avant d'être le centre majeur de la technologie (voire de l'économie mondiale !), la vallée de Santa Clara, située à la pointe sud de la baie de San Francisco, était connue sous le nom de "Vallée du délice du coeur" (Valley of Heart's Delight). Cette vallée n'est pas une ville, ni même une délimitation administrative précise. Cependant, les férus d'histoire de la technologie connaissent ses localités phares à l'instar de Sunnyvale, Mountain View, Palo Alto, Menlo Park, San Jose, Santa Clara, Redwood City et Cupertino. Jusqu'au milieu du XXe siècle, la région était l'un des plus grands vergers du monde, célèbre pour ses abricots et ses pruneaux. La métamorphose de ce paysage pastoral en une zone industrielle de haute technologie fut le résultat d'une convergence unique entre recherche universitaire, investissements militaires et esprit d'entreprise. C'est également ici que le mythe du "génie dans son garage" prit racine. Carte approximative de la Silicon Valley L'origine du nom "Silicon" Ce terme fut popularisé par le journaliste américain Don Hoefler, qui l'utilisa dans son article "Silicon Valley U.S.A." publié dans le numéro du 11 janvier 1971 du journal hebdomadaire spécialisé Electronic News. Alors qu'il préparait ce reportage, il entendit ce terme lors d'un déjeuner avec des responsables commerciaux en visite dans la région. Mais ce terme avait déjà été utilisé auparavant en dehors du journalisme. Par exemple, une publicité parue en mai 1970 dans le Peninsula Times Tribune décrivait une entreprise de Palo Alto qui "aide les producteurs de la Silicon Valley". Il est également possible que ce surnom ait été inventé par des membres du ministère de la Défense basés à Washington D.C., qui faisaient affaire avec des fabricants de puces californiens. Quoi qu'il en soit, ce terme ne s'est généralisé qu'au début des années 1980, lors de l'introduction du PC IBM et de nombreux produits matériels et logiciels connexes sur le marché grand public. Don Hoefler D'après cet article, Don Hoefler définit la Silicon Valley comme les parties urbanisées de "la péninsule de San Francisco et de la vallée de Santa Clara". Avant l'expansion de l'industrie technologique, la région était la plus grande région productrice et conditionneuse de fruits au monde jusqu'aux années 1960, avec 39 conserveries de fruits. Le surnom sous lequel elle était connue à cette époque était "la vallée du bonheur". La genèse, l'Université de Stanford Tout commença véritablement avec l'Université de Stanford. Dans les années 1940, Frederick Terman, alors doyen de la faculté d'ingénierie et considéré comme le "père" de la Silicon Valley, constata avec regret que les jeunes diplômés les plus brillants partaient systématiquement vers la côte Est des États-Unis pour trouver du travail. Pour enrayer cette fuite des cerveaux, Frederick Terman encouragea ses étudiants, dont Bill Hewlett et David Packard, à fonder leur propre entreprise sur place. Ces deux ingénieurs furent à la base de Hewlett-Packard, l'une des plus emblématiques sociétés de technologie du XXe siècle. En 1939, avec un capital dérisoire de 538 dollars, les deux hommes s'installèrent dans un... garage, modeste qui plus est, au 367-369 Addison Avenue à Palo Alto. Leur premier succès, un oscillateur audio, fut acheté par les studios Disney : le début de la gloire et de la fortune. Ce garage est aujourd'hui classé monument historique et considéré comme le point de départ officiel de la Silicon Valley. Le garage de Bill Hewlett et David Packard (le petit garage à gauche, pas la maison à droite !) William Shockley et les "Huit Traîtres" Le virage décisif vers les semi-conducteurs s'opéra en 1956. William Shockley, co-inventeur du transistor et prix Nobel de physique, quitta le New Jersey pour s'installer à Mountain View afin d'être proche de sa mère malade. Il y fonda le Shockley Semiconductor Laboratory. Bien que brillant, William Shockley était perçu comme un dirigeant autoritaire et paranoïaque. En 1957, huit de ses meilleurs ingénieurs, menés par Robert Noyce et Gordon Moore, décidèrent de démissionner en bloc. William Shockley Jack Kilby et Robert Noyce Intel, le coeur battant du silicium Si la Silicon Valley porte ce nom, elle le doit en grande partie à l'ascension fulgurante d'Intel Corporation. Fondée en juillet 1968 par deux grands noms de l'informatique, Robert Noyce et Gordon Moore, après leur départ de Fairchild Semiconductor, l'entreprise s'installa d'abord à Mountain View avant de fixer son siège définitif au 2200 Mission College Blvd, à Santa Clara. Robert Noyce, surnommé le "maire de la Silicon Valley", y apporta sa petite révolution à la gestion d'entreprise : il mit de côté les privilèges hiérarchiques, introduisant les bureaux en espace ouvert et les stock-options pour les employés, jetant ainsi les bases de la culture de travail décontractée mais ultra-performante qui définit encore la région aujourd'hui. Gordon Moore L'ombre de Xerox La Silicon Valley ne cessa de se réinventer. Dans les années 1970, le Xerox PARC (Palo Alto Research Center) devint le laboratoire de l'impossible. Ce fut ici que furent inventés l'interface graphique (fenêtres, icônes), la souris, l'impression laser et le protocole Ethernet. Ces avancées décisives pour l'informatique furent grandement copiées par ses entreprises voisines dans les années qui suivirent. Siège de Xerox PARC en 1977 Si Intel fournissait le "cerveau" de la Silicon Valley, Atari en fut l'âme rebelle et le premier véritable ambassadeur auprès du grand public. Fondée en juin 1972 par Nolan Bushnell et Ted Dabney à Sunnyvale, l'entreprise brisa le moule des sociétés technologiques de l'époque, jusque-là dominées par des ingénieurs en costume-cravate travaillant sur des contrats militaires ou industriels. Atari introduisit une culture radicalement différente : informelle, créative et centrée sur le divertissement. La consommation de marijuana y était assez libre, les horaires étaient souvent décalés et les employés n'étaient pas contre une petite fête improvisée. Ted Dabney et Nolan Bushnell autour de la borne d'arcade Pong d'Atari Le prototype de la borne Pong Apple, la pomme, l'icône Si Intel créa le cerveau et Atari l'âme ludique de la Silicon Valley, Apple Inc. en devint se que l'on peut appeler une icône culturelle. C'est cette société qui fit passer l'informatique d'un outil austère en un objet de désir. Tout commença officiellement en avril 1976, lorsque Steve Jobs et Steve Wozniak, deux habitués du Homebrew Computer Club de Menlo Park, s'associèrent pour commercialiser l'Apple I, un circuit imprimé conçu par le génie technique de Steve Wozniak. Bien que l'histoire (romancée !) retienne le garage de la famille Jobs au 2066 Crist Drive à Los Altos comme le sanctuaire de la création, ce fut surtout là que les premières unités furent assemblées à la main avant que l'entreprise ne s'installa dans ses premiers bureaux à Cupertino. Le véritable tournant survint avec l'Apple II en 1977 : premier ordinateur personnel "prêt à l'emploi" avec son boîtier en plastique et son clavier intégré, il sortit des laboratoires pour entrer dans les foyers et les écoles, propulsant Apple au rang de géant industriel et faisant de la région le centre numéro un de l'électronique grand public. Steve Wozniak et Steve Jobs avec la première carte mère de l'Apple I Aujourd'hui, avec son siège monumental en forme d'anneau et ses 9000 arbres, l'Apple Park à Cupertino (One Apple Park Way), cette entreprise incarne la puissance et le perfectionnisme de la Silicon Valley, passée maître pour marier l'ingénierie de pointe et l'esthétique. La révolution multimédia d'Amiga En 1964, un certain Jay Miner travaillait chez General Micro Electronics, la première filiale de Fairchild, dévouée exclusivement à la technologie MOS (Metal Oxide Semiconductor). Cette technologie était totalement nouvelle et il y devint expert dans ce domaine. Là-bas, il conçut avec son équipe soixante-quatre des puces à registres de la société, et le premier calculateur MOS au monde avec vingt-trois puces spécifiques. En 1982, une petite équipe d'ingénieurs passionnés décida de repousser les limites de l'informatique personnelle. Sous l'impulsion notamment de Jay Miner, alors ancien concepteur de puces chez Atari, la société Hi-Toro fut fondée à Santa Clara. Elle fut rapidement rebaptisée Amiga Inc. Pour financer le développement de leur vision (un ordinateur doté de capacités graphiques et sonores révolutionnaires), l'équipe fabriqua des périphériques de jeu, comme le célèbre Joyboard. Photo récente du bâtiment situé au 3350 Scott Boulevard à Santa Clara, adresse d'Amiga Inc. en 1982 Cette adresse fait partie du complexe d'affaires "Santa Clara Business Park" ![]() Jay Miner En 1985, après un rachat mouvementé par Commodore, l'Amiga 1000 fut lancé, marquant véritablement la naissance de l'informatique multimédia. L'Amiga fut alors considéré comme une valeur sûre dans le domaine du montage vidéo et du jeu vidéo. L'aventure géographique d'Amiga Inc. fut aussi mouvementée que son histoire financière. La société déménagea peu de temps après son rachat par Commodore en août 1984. Ainsi, fin 1984/début 1985, l'équipe avait besoin de plus d'espace et de structures pour préparer le lancement mondial de l'Amiga 1000. Ils quittèrent Santa Clara pour s'installer à Los Gatos, au sud de la Vallée, à l'adresse 983 University Avenue. Pour l'anecdote, ce site devint célèbre sous le nom de "Amiga West". L'équipe Amiga passa ainsi d'une petite société à une division majeure d'un géant de l'informatique. C'est à cette adresse que le système d'exploitation AmigaOS fut finalisé. L'ambiance chez Amiga Inc. à Los Gatos resta très "Silicon Valley" : décontractée, créative et un peu chaotique. On raconta que les ingénieurs y travaillaient en sandales, amenaient leurs chiens au bureau (dont Mitchie, la chienne de Jay Miner qui eut même sa trace de patte gravée à l'intérieur de la coque des premiers Amiga 1000) et continuaient de programmer toute la nuit. ![]() L'équipe Amiga à Los Gatos En mai 1986, le couperet tomba : 20 membres furent licenciés et les locaux de Los Gatos furent fermés. Commodore tenta de transférer les ingénieurs restants à West Chester (Pennsylvanie), à l'autre bout des États-Unis. Ce déracinement signa la fin de l'équipe historique avec la démission de RJ Mical (concepteur de l'interface graphique) pour devenir indépendant, et le refus de Jay Miner de déménager pour ne conserver qu'un rôle de consultant. Ainsi, la dissolution officielle d'Amiga Corporation fut enregistrée début 1987, marquant la perte définitive de l'esprit d'innovation "Silicon Valley" qui avait donné naissance à l'Amiga. Une dernière information au sujet de l'Amiga et de la Silicon Valley concerne Steve Jobs. Il était fréquent que les hommes et les sociétés de cette région se rencontrent et échangent leurs idées. Avant que Commodore ne rachète Amiga, Steve Jobs et Apple examinèrent ainsi la technologie Amiga, suite a des visites des locaux Amiga à Santa Clara. Bien qu'il ait été impressionné par les puces de Jay Miner, il rejeta l'idée d'un rachat car il trouvait l'architecture de l'Amiga "trop complexe". Si Steve Jobs avait dit oui, l'histoire de l'Amiga et de l'informatique aurait sans doute été radicalement différente... La décennie 1990, la "seconde naissance" Les années 1990 marquèrent la "seconde naissance" de la Silicon Valley, où l'accent se déplaça du silicium pur vers le secteur logiciel ainsi que l'avènement du World Wide Web. Le point de rupture survint en 1994 avec la fondation de Netscape Communications à Mountain View par Marc Andreessen et Jim Clark. Leur navigateur, Netscape Navigator, relégua vite son ancêtre NCSA Mosaic aux oubliettes et transforma Internet (jusqu'alors austère et académique) en une expérience accessible au grand public. En 1995, Netscape entra en bourse de façon fulgurante, ce qui déclencha l'ère de la "bulle Internet" : des entreprises sans profit immédiat pouvaient alors valoir des milliards de dollars. Dans cette foulée, la Silicon Valley devint le catalogue du monde : Yahoo!, fondé par Jerry Yang et David Filo à l'Université de Stanford (et installé plus tard au 701 First Avenue à Sunnyvale), s'imposa comme le portail d'entrée presque incontournable du Web. Parallèlement, le commerce électronique prit racine avec la naissance d'eBay à San José en 1995, tandis qu'Amazon (l'hypermarché en ligne, bien que né à Seattle) s'appuya sur l'infrastructure technologique de la Vallée. Cette décennie de frénésie culmina en 1998 avec la création de Google à Menlo Park, qui vint mettre de l'ordre dans l'explosion chaotique de données du Web. Ces sociétés ne créèrent pas seulement de nouveaux services, elles instaurèrent une nouvelle économie de "l'attention" et de la publicité ciblée, ce qui transforma définitivement la Vallée en une puissance logicielle et médiatique mondiale. Google, le géant de l'Internet L'histoire de Google (aujourd'hui Alphabet) fut l'exemple le plus explicite de la symbiose entre l'Université de Stanford et l'industrie : en 1996, deux doctorants, Larry Page et Sergey Brin, conçurent un algorithme de recherche baptisé "BackRub" (devenu PageRank) sur les serveurs de l'université. Comme pour respecter la tradition locale, la société fut officiellement incorporée en 1998 dans le garage de Susan Wojcicki, au 232 Santa Margarita Ave, à Menlo Park. Ce lieu devint le point de départ d'une hégémonie qui fit passer la Silicon Valley de l'ère de l'informatique personnelle à celle de l'économie de la donnée et de l'intelligence artificielle. Larry Page et Sergey Brin Le Googleplex (2013) À partir du milieu des années 2000, la Silicon Valley opèra une mutation : elle ne se contenta plus de fabriquer des composants ou des logiciels, elle devint le centre mondial de l'interaction humaine. C'est en 2004 que Mark Zuckerberg fonda Facebook (devenu Meta). Si l'entreprise naquit techniquement à Harvard, elle migra rapidement vers Palo Alto, puis vers Menlo Park, pour poursuivre son étonnante croissance. Facebook n'inventa pas le réseau social, mais l'entreprise industrialisa le concept de "graphe social", que l'on peut décrire comme la numérisation des relations réelles : chacun ayant sa page personnelle en ligne et interagissant avec les autres membres du réseau. Le campus Meta à Menlo Park L'arrivée de l'iPhone en 2007, conçu à Cupertino par Apple, accéléra cette révolution. En combinant la mobilité et la connectivité permanente, la Silicon Valley permit l'émergence de nouveaux géants :
L'iPhone 3G Mais ce passage aux réseaux sociaux changea aussi la perception dont les gens avait de la Silicon Valley. Avant, on la voyait comme un endroit où régnait la liberté et l'utopie, mais elle était maintenant observée de près pour son influence sur la démocratie, la santé mentale et la vie privée. Le point noir étant l'aspiration des données personnelles, une sorte de trésor que les moins scrupuleuses entreprises n'hésitèrent pas à exploiter et à vendre. Les échecs de la Silicon Valley Quand on pense à la Silicon Valley, on imagine surtout des réussites qui ont fait le tour du monde. Mais il ne faut pas oublier tout un tas d'idées ambitieuses qui échouèrent lamentablement. Cela dit, l'échec était souvent perçu là-bas comme un passage obligé. Theranos fut un des cas les plus marquants. Cette entreprise, basée à Palo Alto (au 1701 Page Mill Rd), promettait de tout changer dans l'analyse sanguine, avant de s'effondrer dans un énorme scandale de fraude. Avant ça, dans les années 1990, General Magic (lancée par d'anciens d'Apple, au 410 N Mary Ave, Sunnyvale) eut l'idée de l'ordiphone... dix ans trop tôt. Le produit fit un bide commercial, mais même si cela ne marcha pas pour eux, les ingénieurs qui y travaillaient créèrent ensuite l'iPhone et Android. Il y eut aussi Webvan, à Foster City. Ce fut un symbole de la bulle Internet des années 2000. Ils dépensèrent plus de 800 millions de dollars en tentant de livrer des courses à domicile, mais le système logistique n'était pas encore au point. Ces faillites furent cependant autant de graines prêtent à germer dans ce secteur. Les gens compétents, libérés par la chute de géants comme Sun Microsystems ou la fermeture des bureaux d'Amiga à Los Gatos, rebondirent systématiquement : ils créèrent la vague d'innovations suivante, prouvant que dans la Vallée, les idées peuvent disparaître, mais le savoir-faire, lui, continue de circuler. Voici quelques sociétés disparues ou rachetées, avec la cause de leur échec :
Le mythe du garage Bien que Hewlett-Packard et Apple aient commencé dans des garages, ce n'est pas une règle absolue. Cependant, l'image du garage est devenue si puissante qu'elle symbolise désormais la méritocratie et l'innovation frugale propre à la Californie. La plaque de William Shockley Malgré son comportement controversé, William Shockley a sa plaque à Mountain View. Le bâtiment original a été démoli en 2014, mais l'adresse reste un lieu de pèlerinage pour les historiens de la technologie. La plaque commémorative de william shockley C'est dans la Silicon Valley qu'a été conçu la célèbre annonce publicitaire "1984" pour le lancement du Macintosh, réalisé par Ridley Scott. Diffusée pendant le Super Bowl, elle marqua un tournant dans la commercialisation technologique. Le "loyer" payé en Pizza chez Atari Au début des années 1970, la culture chez Atari était si décontractée que "l'herbe" (marijuana...) circulait librement dans les bureaux de Sunnyvale. Nolan Bushnell, le fondateur, racontait que l'odeur était si forte dans les conduits de ventilation qu'il craignait que les livreurs de pizza ne préviennent la police. Pour s'assurer de leur discrétion, il les payait souvent avec des pourboires royaux... ou des parts de la société (ce que la plupart refusaient, à leur grand regret futur). Steve Jobs et la bulle d'air Lors de la conception du premier prototype de l'iPod, les ingénieurs l'ont présenté à Steve Jobs, affirmant qu'il était impossible de le réduire davantage. Steve Jobs prit l'appareil, s'approcha d'un aquarium dans son bureau et le lâcha dans l'eau. Des bulles d'air s'échappèrent du boîtier. "Vous voyez ces bulles ?", dit-il. "Ça veut dire qu'il y a de l'espace vide. Refaites-le en plus petit." Le bâtiment 20 de l'Université de Stanford Pendant des décennies, le Bâtiment 20 (un hangar temporaire construit pendant la Seconde Guerre mondiale) fut le lieu le plus fertile de la Vallée. On disait que son aspect délabré permettait aux chercheurs de ne pas avoir peur de percer des trous dans les murs ou d'arracher le plafond pour leurs expériences. C'est ce côté "laboratoire sans limites" qui inspira l'architecture des campus de Google et Facebook. La "malédiction" du 165 University Avenue, Palo Alto Cette adresse est légendaire dans la Vallée. Ce petit immeuble de bureaux accueillit les débuts de Logitech, de Google, et de PayPal. On l'appelait "The Lucky Office". La légende veut que si vous installiez votre jeune entreprise à cet étage précis, vous aviez statistiquement plus de chances de devenir un "licorne" (une société valorisée à plus d'un milliard de dollars). L'origine du nom "Apple" Steve Jobs choisit le nom "Apple Computer" parce qu'il revenait d'un verger de pommiers et qu'il trouvait le nom "amusant, vif et non intimidant". Mais la raison tactique était plus maligne : il voulait que sa société apparaisse avant Atari dans l'annuaire téléphonique. Le premier serveur de Google était en LEGO En 1996, Larry Page et Sergey Brin manquaient de moyens pour construire un boîtier capable d'accueillir leurs dix disques durs de 4 Go. Ils construisirent le châssis du serveur avec des briques de LEGO colorées (rouge, jaune, bleu, vert). Certains disent que ce fut de là que vint les couleurs officielles du logo de Google. Serveur Google en Lego Comme mentionné précédemment, Jay Miner ne se déplaçait jamais sans sa chienne, Mitchie. Lors des réunions cruciales avec les investisseurs ou Commodore, Mitchie était présente. La légende raconte que Jay Miner jugeait la fiabilité des gens à la façon dont sa chienne réagissait à leur contact. Si Mitchie n'aimait pas un cadre de Commodore, Jay Miner s'en méfiait immédiatement. Mitchie donnait aussi son "avis" aux conceptions matérielles de son maître ! ![]() Jay Miner et Mitchie Grâce à sa proximité avec les studios de San Francisco (comme Lucasfilm à Marin County), l'Amiga est devenu l'outil de prédilection des premiers effets spéciaux numériques. Le système Video Toaster, développé par NewTek mais conçu pour Amiga, a permis de créer les effets spéciaux de séries comme Babylon 5 ou les débuts de seaQuest DSV. C'est cette capacité à mélanger vidéo et informatique qui a fait de l'Amiga la première machine "multimédia", un terme inventé et popularisé dans la Vallée à cette époque. Les vagues d'innovation
Littéralement des milliers d'entreprises de haute technologie ont (ou ont eu) leur siège social dans la Silicon Valley. En voici quelques-unes actuelles, défuntes ou qui ont été rachetées :
Les emplois technologiques de la Silicon Valley (2022) Voici quelques villes importantes de la Silicon Valley avec leur spécialité historique et les entreprises clés :
La Silicon Valley, c'est toujours un endroit un peu à part. Le fait que les universités, les investisseurs et les ingénieurs talentueux soient tous proches les uns des autres, crée une sorte de réaction en chaîne qui ne s'arrête jamais. Du coup, ce petit coin de terre est sans doute le laboratoire où se prépare l'avenir technologique de l'humanité. Mais c'est vrai, la Silicon Valley est en train de beaucoup changer, et en profondeur. Certains ont bien cru qu'elle allait décliner, surtout avec le télétravail qui s'est répandu et des gens qui partaient vers d'autres zones de technologie comme Austin ou Miami. Mais la région nous montre qu'il ne faut pas l'enterrer trop vite. Elle n'est plus seulement connue pour le silicium ou les logiciels, elle est devenue le centre mondial de l'intelligence artificielle générative et de tout ce qu'on appelle la "Deep Tech". Des sociétés comme OpenAI (basée dans le quartier de Mission à San Francisco), Anthropic et Nvidia (située à Santa Clara) ont redonné un coup de fouet incroyable à la région. Après une période où il était un peu plus prudent, le capital-risque recommence à injecter de grosses sommes dans les jeunes entreprises qui travaillent sur les modèles de langage (les LLM) et l'infrastructure de calcul. Le siège de Nvidia Mais ce succès de la Silicon Valley a aussi un coût, et la région le paie cher en ce moment : il y a la crise du logement et des gens qui partent, même si ce n'est qu'en partie. Les prix de l'immobilier à Palo Alto ou Cupertino sont parmi les plus hauts du monde, ce qui rend difficile pour les jeunes ingénieurs de s'y installer. Cela pose un vrai problème pour trouver de nouveaux talents. En plus, des entreprises historiques comme Oracle ou Hewlett-Packard ont déménagé leur siège social au Texas, souvent pour des raisons fiscales et parce que la vie y est moins chère. Malgré tout, elles ont gardé d'énormes centres de recherche et développement dans la Vallée, car c'est là que se trouve vraiment le savoir-faire de pointe. Pour le futur, la Vallée inverstit beaucoup d'argent dans la fusion nucléaire (avec des entreprises comme Helion ou Commonwealth Fusion Systems qui sont soutenues par les grands noms de la Tech) et dans les solutions pour stocker l'énergie sur le long terme. Le but, c'est de pouvoir faire face à l'énorme consommation électrique des centres de données pour l'intelligence artificielle. Et sous l'impulsion de personnes comme Sam Altman ou Jeff Bezos, des laboratoires comme Altos Labs (à Redwood City) s'intéressent aussi à la reprogrammation cellulaire pour essayer de lutter contre le vieillissement (voire l'inverser). ![]() Sam Altman et Jeff Bezos La Silicon Valley de demain ne ressemblera probablement plus à celle des réseaux sociaux (Meta/Twitter). Elle se dirige vers une ère de "Tech Souveraine" où l'on construit des robots, des réacteurs à fusion et des remèdes contre les maladies génétiques. Et son génie de transformer une avancée scientifique fondamentale en un produit commercial de masse lui fera conserver son titre de laboratoire du futur. Les concurrents de la Silicon Valley Si la Silicon Valley reste la "Mecque" de la technologie, son hégémonie est aujourd'hui contestée par plusieurs pôles technologiques mondiaux. Chaque concurrent a développé sa propre spécialité, souvent en essayant de copier la recette de Stanford (Université + capital-risque + industrie), mais avec ses propres nuances culturelles. Voici ses principaux concurrents :
Pour l'instant, personne n'a réussi à répliquer parfaitement la "sauce secrète" de la Californie pour une raison simple : la tolérance à l'échec. À Shenzhen, on échoue vite mais on travaille sous une pression étatique. En Europe, l'échec est encore parfois perçu comme une tache sur un CV. Alors que dans la Silicon Valley, échouer dans une jeune entreprise est souvent vu comme un diplôme de plus. Cependant, avec la montée en puissance de l'intelligence artificielle, la bataille se déplace. La Silicon Valley ne gagne plus par sa capacité à fabriquer des objets, mais par sa capacité à entraîner les modèles les plus intelligents. Conclusion : le futur est encore ici La Silicon Valley est un nom mythique pour toute une génération. Plus qu'une zone géographique, c'est un état d'esprit, un concentré de génies rebelles. Du premier oscillateur de Hewlett-Packard dans un garage de Palo Alto aux circuits intégrés d'Intel, des interfaces graphiques du Xerox PARC à la révolution multimédia de l'Amiga, chaque adresse citée dans ce dossier a contribué à dessiner le monde dans lequel nous vivons aujourd'hui. Et tout porte à croire que ce n'est pas fini. Liens
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